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Au fil de l’effet -mère*

Dernière mise à jour : 9 févr. 2022



« …Et malgré les menaces du maître

Sous les huées des enfants prodiges

Avec des craies de toutes les couleurs

Sur le tableau noir du malheur

Il dessine le visage du bonheur. »

(Prévert. Le cancre)



« Bonjour Angela », était écrit dans un morceau de papier sur mon bureau. C’était la première fois, depuis qu’il s’amusait à frapper sur ma fenêtre, qu’il osait m’adresser la parole directement. _ « Arrête de déranger ! Je vais ajouter cela à ton rapport ! » Entends-je au même temps que je sens mon corps se propulser vers la porte pour l’ouvrir et répondre au garçon : - Bonjour. Comment allez-vous ce matin ? - « Très bien, merci. Ne dites pas au principal, s’il vous plait. Bonne journée. » Me répond -il avant de disparaître dans le couloir. Voilà comment j’ai rencontré un des « Totos » que j’accueille aujourd’hui dans ma salle par « manque de place ailleurs… »


- « Je peux vous faire écouter une chanson ? Mais … il y a des gros mots. » Ajoute autre adolescent un autre jour. Comme un éclair arrive dans ma pensée cette réflexion : « En Art-Thérapie on n’est pas là pour faire beau et l’exercice de me détacher de toute forme de réduction esthétisante ou narcissique[1]» s’impose sur mon regard habituel pour transformer en silence mon besoin de dire, de faire taire… « J’ai le droit quand-même ? » Insiste le garçon. S’agit-il de ce moment où « le sujet se rend compte qu’il a le choix mais à condition de faire le bon » ? Il me semble qu’il se retrouve « face à une limite structurante sur le plan social mais qui le mutile de la multiplicité, de l’hétérogénéité au nom de l’unicité.[2] » –Il ne faut pas le dire à ma mère. ». Oui. « En Art-Thérapie l’infaisable symbolise l’indicible » : Il a eu besoin de deux semaines et dix minutes pour surmonter la peur de mettre cette chanson en me répétant 6 fois : « Cette chanson parle de la mère mais il faut effacer l’historique après l’avoir entendu ». L’effet-mère. Ah Mère ! Amère. Dans les sombres couloirs de la répression, l’éphémère est à la recherche d’un fil d’Ariane vers le Kairos.



[1] JP ROYOL. Art-Thérapie. Au fil de l’éphémère. P.83 [2] Ibid. P.32



* Angela MERCHAN JARAMILLO

Art-thérapeute RNCP

PROFAC



 
 
 

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